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GRAND RAID DE LA REUNION 2011 - La Diagonale des fous
quechua
Envoyé le: vendredi 18 novembre 2011 17:52
Inscrit le: 15/07/2009
Messages: 160
Trois partenaires Quechua sont partis à la conquête de la Réunion pendant la Diagonale des Fous, l'une des plus belles courses trail du monde. Ils vous racontent leurs aventures. Vous pouvez réagir sur leurs histoires, partagez vos impressions, poser des questions, demander des conseils à ces professionels. Profitez-en !

vincentdelebarre
Envoyé le: vendredi 18 novembre 2011 18:22
Inscrit le: 21/05/2010
Messages: 95
Ma diagonale des Fous 2011......................... Histoire d'un renoncement........................... Il est sûr que la dix-neuvième édition n’a jamais porté aussi bien son nom ! Mais je ne veux pas parler ici de ce parcours plus long et difficile d’accomplir en moins de 24 h00 par les plus rapides, ni de la traversée de la forêt de Bébour qui est une épreuve en soi, ni de la dernière partie qu’ il faut bien faire pour obtenir le graal mais qui ne motive personne, et que du reste je n’ai pas faite ! Il y a beaucoup à dire. Je raconterais seulement ici les raisons de mon renoncement. Tiens, j’aime bien ce mot, ça change d’abandon ! Ce compte rendu est pour mes amis, mes supporters, tous les trailers et sportifs, afin de partager ce qui est finalement une expérience de plus et d’expliquer ma décision. J’ai arrêté à Hell-Bourg. Trente bonnes minutes m’ont été nécessaires pour faire le choix entre celui là et aller au bout. J’en étais capable bien sûr mais vous comprendrez mieux à la fin de ce récit comment je perçois ma pratique de ce sport aux multiples belles valeurs. A Cap Méchant l’ambiance était gentille et mon moral au beau fixe, en même temps que des sensations de forme normale. La journée pré course fut parfaite. Restait plus qu’à y aller. Pan, départ ! La meute est lâchée. Tout va bien pendant 20’ puis petit à petit je sens bien que la force diminue comme si, si j’étais une machine et preuve en est que non, le niveau de la batterie descendait inexorablement. Je cours un moment avec Thierry Techer, plusieurs fois vainqueur ici. La montée sur foc foc je me fais doubler sans cesse et j’avance assez doucement. En fait c’est plus dur que d’habitude et je mettrais bien 30’ de plus pour aller jusqu’au ravitaillement! J’avance j’avance et malgré tout cela le psy est bon. Je redouble au gré des portions moins raides prés de l’enclos mais techniques quelques gars tels Anthony Gay (On a fait le Mont Blanc ensemble cet été), Sebastien Nain qui a trop mal au genoux, Sebastien Talotti mon coéquipier de QUECHUA avec qui je fais route à présent jusqu’au ravito. Je rejoins encore des coureurs comme Thierry Galindo. Mais que la force me manque ! J’arrive sur Gino mon ami Réunionnais et assistant ici et mes amis alentours voient bien que je suis bien bien blasé de par mes sensations de forme d’un rouge gorge. Puis la plaine des sables, la montée sur l’oratoire Sainte Thérèse. Là je monte comme je peux. Derrière sur le plat des dizaines et dizaines de points lumineux. Je suis vraiment loin de la tête ! Me doublent Sebastien Talotti, Thierry Chambry (les 2 ne sont pas en super forme non plus ), Eddy Myrtal et bien d’autres. Dès lors jusqu’à Marabout c’est la galère qui s’installe. Je n’avance que comme je peux, sans équilibre, sans légèreté, sans jus, avec ma nostalgie de jours meilleurs en mêmes lieux. Avant Marabout mon amie et coéquipière Emilie Lecomte me passe. Elle est en tête de la course féminine. Emilie fera un super parcours jusqu’à tomber après Dôs d’âne et réchapper de justesse d’une chute fatale. Elle arrêtera donc mais fort heureusement pas sa carrière fort prometteuse de grande traileuse et raideuse. Au ravito je l’encourage, je mange ensuite et ... je pars me coucher ! Qu’est ce que j’étais bien dans les bras de Morphée ! Quand je repars, vers d’autres bras et ravines, en marchant et en compagnie de Laurent Valette qui partage avec moi son sandwich, je confirme en moi ce que je me disais avant la pause, en suivant une autre motivation dans ma course : plus de victoire, plus de place d’honneur mais le désir maintenant d’aller au bout, simplement, si je puis dire ! C’est vrai que ça paraissait simple les 3 heures qui s’en suivirent, et pourtant c’était Bébour et sa tranchée molle et infinie. Je reprends un à un les concurrents qui m’ont passé pendant la sieste dont : Jacky Murat figure du Grand Raid, maintes fois podium, les filles de tête dont Cathy Dubois, Christine Bénard, Danièle Séroc, Hélène Haegel. D’autres comme Henrique De Freitas, ami et client de mes services STEM qui fera toute la course avec son coéquipier Fabrice et qui termine 2ème V2. Ou encore Olivier Turon pour une photo ensemble par FlashSport, souvenir commun plus «terrain» que nos récents échanges facebookiens à propos de son action de solidarité «suivre son étoile». L’occasion à chaque fois d’encourager, de plaisanter. Je m’é-cla-tais ! Avec 2h00 et quelques d’écart avec la tête et mon allure très correct, je me disais que j’allais remonter beaucoup de monde, naturellement, sans me faire mal et en appréhendant la course différemment. Impossible de revenir sur le tout devant bien sûr mais qu’importe le résultat maintenant car si le plaisir continue, cette façon de traverser la Diagonale me plait et me fera «passer la pilule». Et puis dire à mes enfants que j’ai fini, ou plutôt les entendre dire : c’est bien, tu n’as pas abandonné (encore une fois) ! me suffit à me motiver. J'entame maintenant la descente sur Hell-Bourg ; une descente aux enfer, justement. Hélas ! En effet tout d’un coup rien ne va plus. La panne. Pas une hypo mais les symptômes d’entre volcan et Marabout à nouveau, en plus accentués. Je laisse me doubler à nouveau presque tous ceux que j’ai rattrapés depuis 2h00 de temps. Ils sont un peu étonnés et souvent compatissants. Les jambes ne veulent plus, le coeur toujours. Je m’assoie souvent, sans force. J’ai presque envi de pleurer mais plus d'incompréhension que de tristesse. Car je me fais vite une raison. Il y a forcément quelque chose d’anormal. Mon corps n’était pas près pour ce challenge physique ce jour ci. Alors qu’est-ce qu’il a ou plutôt qu’est-ce qu’il n’a pas ? Il ne pouvait visiblement me porter jusqu’au nord de l’île. Alors me voici en son centre. Je rejoins la zone de pointage en compagnie de Christelle, la future épouse en fait de mon pote Sebastien Talotti (il est passé là en 10ème position). Elle est venue à ma rencontre. Magalie, la femme de Thierry Chambry m’assiste et on me laisse alors gentiment dans mon dilemme : to go or not to go ? That is the question ! Si je dors 2h00 c’est sûr je repars. Si je redors 2h00 à Cilaos c’est sûr je repartirais, si...et ainsi de suite, j’arriverais alors samedi ou dimanche à La redoute. Mais retrouveraisje le plaisir des quelques heures d’avant ? Sans doute quelquefois. Mais je retrouverais aussi surement les déplaisirs consécutifs avec ces moments d’incompréhension, de fragilité qui sont parfois en sports normaux mais qui là ne le sont absolument pas. Je n’ai pas choisi de pratiquer mon sport pour vivre cela. 15 années de trail et d’ultra trail à ce jour et mon expérience grandit encore, aussi avec cette édition et cette histoire. J’ai eu de grandes réussites et des formes de feu, avec des abandons aussi, mais toujours dans la normalité. Mais ce qui m’arrive n’ est bien sûr absolument pas grave. Aujourd’hui en écrivant ces lignes et même depuis le soir même de ce renoncement, tout va bien. Seulement il faut faire un bilan. Le corps est fatigué sans doute. Je n’ai pas senti les signes du sûr-entraînement. Je pense que cette fatigue est encore plus profonde. 30 années de compétition ça use. Si j’ai pu les faire et souvent avec succès c’est sans doute que j’ai su bien les gérer, en particulier avec des périodes de repos inter-périodes et inter-saisons suffisantes et systématiques. Mais là peut-être faut-il une plus grosse coupure. Si les raisons sont là alors ce que j’ai décris comme anormal devient normal. Une chose est sûre : Je suis toujours motivé. Le trail, la montagne seront toujours mes terrains de jeu et aussi en compétition. Car avec les réussites comme avec les difficultés, ces challenges ont fait ce que je suis, et j’en suis ravi. Je considère cette pratique comme une philosophie de vie. Faire corps avec sa nature (ou tenter de le faire) offre de grandes satisfactions. Sa nature. C’est notre environnement et c’est aussi nous même. La mienne n’a pas su donc traverser ce dernier. Mais s’en préoccuper, se la faire soigner, se la laisser se reposer, se la respecter... permettra sans doute de traverser encore de bien belles aventures humaines et sportives. C’était donc l’histoire d’un renoncement pour mieux continuer................................................................................................. ps : à l'heure où je poste ce message, écrit au retour des tropiques, j'ai repris l'entraînement depuis le 15 novembre. C'est la reprise de sensation sur 15 jours. Et en fait j'ai déjà planifié mon style de saison 2012. Celle ci sera en fait normale. Et oui le corps va bien. l'envie est là. ET je compte simplement éviter toutes les actions parasites (que je me suis créées tout seul) de 2011 qui sont sans doute la cause d'une saison que je qualifierais de moyenne.

Vincent D.
vignou
Envoyé le: lundi 21 novembre 2011 08:47
Inscrit le: 01/09/2010
Messages: 4
merci Vincent pour ce récit plein d'humilité. Bonne récup, bonne fêtes de fin d'année. Au plaisir de te croiser sur les sentiers en 2012.
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