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15/07/2009
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Trois partenaires Quechua sont partis à la conquête de la Réunion pendant la Diagonale des Fous, l'une des plus belles courses trail du monde. Ils vous racontent leurs aventures. Vous pouvez réagir sur leurs histoires, partagez vos impressions, poser des questions, demander des conseils à ces professionels. Profitez-en !
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Inscrit le:
21/05/2010
Messages:
95
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Ma diagonale des Fous 2011.........................
Histoire d'un renoncement...........................
Il est sûr que la dix-neuvième édition n’a jamais porté aussi bien son
nom ! Mais je ne veux pas parler ici de ce parcours plus long et difficile
d’accomplir en moins de 24 h00 par les plus rapides, ni de la traversée
de la forêt de Bébour qui est une épreuve en soi, ni de la dernière partie
qu’ il faut bien faire pour obtenir le graal mais qui ne motive personne,
et que du reste je n’ai pas faite ! Il y a beaucoup à dire.
Je raconterais seulement ici les raisons de mon renoncement. Tiens,
j’aime bien ce mot, ça change d’abandon ! Ce compte rendu est pour mes
amis, mes supporters, tous les trailers et sportifs, afin de partager ce
qui est finalement une expérience de plus et d’expliquer ma décision.
J’ai arrêté à Hell-Bourg. Trente bonnes minutes m’ont été nécessaires
pour faire le choix entre celui là et aller au bout. J’en étais capable bien
sûr mais vous comprendrez mieux à la fin de ce récit comment je
perçois ma pratique de ce sport aux multiples belles valeurs.
A Cap Méchant l’ambiance était gentille et mon moral au beau fixe, en
même temps que des sensations de forme normale. La journée pré
course fut parfaite. Restait plus qu’à y aller. Pan, départ ! La meute est
lâchée. Tout va bien pendant 20’ puis petit à petit je sens bien que la
force diminue comme si, si j’étais une machine et preuve en est que non,
le niveau de la batterie descendait inexorablement. Je cours un
moment avec Thierry Techer, plusieurs fois vainqueur ici. La montée
sur foc foc je me fais doubler sans cesse et j’avance assez doucement. En
fait c’est plus dur que d’habitude et je mettrais bien 30’ de plus pour
aller jusqu’au ravitaillement! J’avance j’avance et malgré tout cela le
psy est bon. Je redouble au gré des portions moins raides prés de
l’enclos mais techniques quelques gars tels Anthony Gay (On a fait le
Mont Blanc ensemble cet été), Sebastien Nain qui a trop mal au genoux,
Sebastien Talotti mon coéquipier de QUECHUA avec qui je fais route à
présent jusqu’au ravito. Je rejoins encore des coureurs comme Thierry
Galindo. Mais que la force me manque ! J’arrive sur Gino mon ami
Réunionnais et assistant ici et mes amis alentours voient bien que je
suis bien bien blasé de par mes sensations de forme d’un rouge gorge.
Puis la plaine des sables, la montée sur l’oratoire Sainte Thérèse. Là je
monte comme je peux. Derrière sur le plat des dizaines et dizaines de
points lumineux. Je suis vraiment loin de la tête ! Me doublent
Sebastien Talotti, Thierry Chambry (les 2 ne sont pas en super forme
non plus ), Eddy Myrtal et bien d’autres. Dès lors jusqu’à Marabout
c’est la galère qui s’installe. Je n’avance que comme je peux, sans
équilibre, sans légèreté, sans jus, avec ma nostalgie de jours meilleurs
en mêmes lieux. Avant Marabout mon amie et coéquipière Emilie
Lecomte me passe. Elle est en tête de la course féminine. Emilie fera un
super parcours jusqu’à tomber après Dôs d’âne et réchapper de justesse
d’une chute fatale. Elle arrêtera donc mais fort heureusement pas sa
carrière fort prometteuse de grande traileuse et raideuse. Au ravito je
l’encourage, je mange ensuite et ... je pars me coucher ! Qu’est ce que
j’étais bien dans les bras de Morphée ! Quand je repars, vers d’autres
bras et ravines, en marchant et en compagnie de Laurent Valette qui
partage avec moi son sandwich, je confirme en moi ce que je me disais
avant la pause, en suivant une autre motivation dans ma course : plus
de victoire, plus de place d’honneur mais le désir maintenant d’aller au
bout, simplement, si je puis dire ! C’est vrai que ça paraissait simple les
3 heures qui s’en suivirent, et pourtant c’était Bébour et sa tranchée
molle et infinie. Je reprends un à un les concurrents qui m’ont passé
pendant la sieste dont : Jacky Murat figure du Grand Raid, maintes fois
podium, les filles de tête dont Cathy Dubois, Christine Bénard, Danièle
Séroc, Hélène Haegel. D’autres comme Henrique De Freitas, ami et
client de mes services STEM qui fera toute la course avec son coéquipier
Fabrice et qui termine 2ème V2. Ou encore Olivier Turon pour une
photo ensemble par FlashSport, souvenir commun plus «terrain» que
nos récents échanges facebookiens à propos de son action de solidarité
«suivre son étoile». L’occasion à chaque fois d’encourager, de plaisanter.
Je m’é-cla-tais ! Avec 2h00 et quelques d’écart avec la tête et mon allure
très correct, je me disais que j’allais remonter beaucoup de monde,
naturellement, sans me faire mal et en appréhendant la course
différemment. Impossible de revenir sur le tout devant bien sûr mais
qu’importe le résultat maintenant car si le plaisir continue, cette façon
de traverser la Diagonale me plait et me fera «passer la pilule». Et puis
dire à mes enfants que j’ai fini, ou plutôt les entendre dire : c’est bien, tu
n’as pas abandonné (encore une fois) ! me suffit à me motiver.
J'entame maintenant la descente sur Hell-Bourg ; une descente aux
enfer, justement. Hélas ! En effet tout d’un coup rien ne va plus. La
panne. Pas une hypo mais les symptômes d’entre volcan et Marabout à
nouveau, en plus accentués. Je laisse me doubler à nouveau presque
tous ceux que j’ai rattrapés depuis 2h00 de temps. Ils sont un peu
étonnés et souvent compatissants. Les jambes ne veulent plus, le coeur
toujours. Je m’assoie souvent, sans force. J’ai presque envi de pleurer
mais plus d'incompréhension que de tristesse. Car je me fais vite une
raison. Il y a forcément quelque chose d’anormal. Mon corps n’était pas
près pour ce challenge physique ce jour ci. Alors qu’est-ce qu’il a ou
plutôt qu’est-ce qu’il n’a pas ? Il ne pouvait visiblement me porter
jusqu’au nord de l’île. Alors me voici en son centre. Je rejoins la zone de
pointage en compagnie de Christelle, la future épouse en
fait de mon pote Sebastien Talotti (il est passé là en 10ème position).
Elle est venue à ma rencontre. Magalie, la femme de Thierry Chambry
m’assiste et on me laisse alors gentiment dans mon dilemme : to go or
not to go ? That is the question ! Si je dors 2h00 c’est sûr je repars. Si je
redors 2h00 à Cilaos c’est sûr je repartirais, si...et ainsi de suite,
j’arriverais alors samedi ou dimanche à La redoute. Mais retrouveraisje
le plaisir des quelques heures d’avant ? Sans doute quelquefois. Mais
je retrouverais aussi surement les déplaisirs consécutifs avec ces
moments d’incompréhension, de fragilité qui sont parfois en sports
normaux mais qui là ne le sont absolument pas. Je n’ai pas choisi de
pratiquer mon sport pour vivre cela. 15 années de trail et d’ultra trail à
ce jour et mon expérience grandit encore, aussi avec cette édition et
cette histoire. J’ai eu de grandes réussites et des formes de feu, avec des
abandons aussi, mais toujours dans la normalité. Mais ce qui m’arrive
n’ est bien sûr absolument pas grave. Aujourd’hui en écrivant ces lignes
et même depuis le soir même de ce renoncement, tout va bien.
Seulement il faut faire un bilan. Le corps est fatigué sans doute. Je n’ai
pas senti les signes du sûr-entraînement. Je pense que cette fatigue est
encore plus profonde. 30 années de compétition ça use. Si j’ai pu les
faire et souvent avec succès c’est sans doute que j’ai su bien les gérer, en
particulier avec des périodes de repos inter-périodes et inter-saisons
suffisantes et systématiques. Mais là peut-être faut-il une plus grosse
coupure. Si les raisons sont là alors ce que j’ai décris comme anormal
devient normal. Une chose est sûre : Je suis toujours motivé. Le trail, la
montagne seront toujours mes terrains de jeu et aussi en compétition.
Car avec les réussites comme avec les difficultés, ces challenges ont fait
ce que je suis, et j’en suis ravi. Je considère cette pratique comme une
philosophie de vie. Faire corps avec sa nature (ou tenter de le faire)
offre de grandes satisfactions.
Sa nature. C’est notre environnement et c’est aussi nous même. La
mienne n’a pas su donc traverser ce dernier. Mais s’en préoccuper, se la
faire soigner, se la laisser se reposer, se la respecter... permettra sans
doute de traverser encore de bien belles aventures humaines et
sportives.
C’était donc l’histoire d’un renoncement pour mieux continuer.................................................................................................
ps : à l'heure où je poste ce message, écrit au retour des tropiques, j'ai repris l'entraînement depuis le 15 novembre. C'est la reprise de sensation sur 15 jours. Et en fait j'ai déjà planifié mon style de saison 2012. Celle ci sera en fait normale. Et oui le corps va bien. l'envie est là. ET je compte simplement éviter toutes les actions parasites (que je me suis créées tout seul) de 2011 qui sont sans doute la cause d'une saison que je qualifierais de moyenne.
Vincent D. |
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01/09/2010
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merci Vincent pour ce récit plein d'humilité. Bonne récup, bonne fêtes de fin d'année. Au plaisir de te croiser sur les sentiers en 2012.
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