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Solukhumbu Trail 2010 Insolukhumbion vendredi 26 novembre - mardi 30 novembre Lukla - Kathmandu
Dernier petit déjeuner de nos cuistots du trail, bizarre personne ne se sert du porridge ;-) par contre gros succès des tartines grillées.Nous mettons à disposition nos sacs à dos devant notre lodge pour embarquement à l'aéroport Tenzing Hillary. Une petite moitié des solukhumbers va directement au lodge principal surplombant le tarmac. Les autres sont déjà dans l'aéroport attendant fébrilement le go des autorités. Ce n'est pas gagné car à 6h une langue de brume est remontée de la vallée Dudh Koshi, léchant dangereusement la piste d'atterrissage et allant même au delà. Un local me dit que les avions ne décolleront pas aujourd'hui...Je scrute fébrilement la brume qui accroche les pentes, elle va et vient sur quelques dizaines de mètres, c'est vraiment tangent. Le ciel est vierge de tout nuages au dessus de ma tête, je ne perds pas espoir de voir refluer cette brume avec la température augmentant.

un ciel clair, la lune et les sommets jaunis par les rayons de l'astre solaire, les lung ta forment un fil poétique entre cieux et sommets  la brume est montée subrepticement d'un coup vers 6h, mais maintenant elle semble hésitante, comme si elle craignait le feu du soleil  L'avion de la Tara Airlines pourra t il se poser ? C'est la question qui semble sur toutes les lèvres. On dirait bien pourtant que la brume reflue vers la vallée. Une immense sonnerie retentit, et les visages des locaux s'illuminent. C'est le signal du départ du premier avion depuis kathmandu. La nouvelle se répand telle une trainée de poudre tandis que j'adresse un remerciement silencieux au Lama Rinji de Taksindu...encore un miracle de la Puja, jamais deux sans trois ! Je me dirige tout en prenant des photos vers le lodge principal. La perspective de rédiger mes notes le matin en tout confort me met particulièrement de bonne humeur! Après tout il n'est que 7h et je n'embarque qu'à partir de 8h30. Je retrouve Marie Agnès, une Sylvie tout endormie sur la banquette et d'autres marcheurs. Perdu dans mes pensées, je vois soudain débouler un Émile en furie. Il apostrophe d'un ton grave Joachim "ton bagage va partir ! tu dois venir maintenant". Je subodore le coup fourré. Joachim est dans mon groupe prévu vers 8h30, soit dans plus d'une heure en étant très optimiste vu que le premier groupe n'est toujours pas parti. Je remballe mes clics et mes clacs et suit les deux lascars à l'aéroport. Je suis surpris par l'effervescence qui y règne...à peine franchie la porte que Dorjee Sherpa me demande si mon sac est dans la pile prêt à être embarquée dans les avions. Je vois mes bâtons dépasser d'un lot de bagage entassé près de la douane, et aussi sec Dorjee me tend un billet estampillé "batch #2". Mais que se passe t-il ici ? Et tous les autres qui sont encore entrain de faire les spectateurs attendant le crash ou siroter un café au lodge, ne faudrait il pas les prévenir aussi ? Il faut croire que l'excitation, non, c'est plutôt la frénésie ambiante a emporté mes réflexes de solidarité. Je fais comme tout le monde, muni du précieux sésame, j'ai l'impression d'être à l'ambassade US de Saigon en avril 1975, au moment du rapatriement du personnel américain en pleine débâcle. Il faut se tenir prêt à embarquer des que le moindre avion va poser ses roues sur le tarmac. Je réalise que le programme savamment mis au point hier soir est jeté aux oubliettes, et que beaucoup ici redoute l'arrêt des rotations d'avions à tout moment tant la brume, toujours proche il est vrai, peut remonter sur nous brusquement. Le security check est une formalité (sauf pour Joachim qui y laisse un multi outil précieux faisant ainsi le bonheur d'un garde local, j'ai quand même pu glisser au dernier moment mon couteau suisse dans mon sac Deuter). Medhi, en bon militaire, trouve que "c'est du grand n'importe quoi la sécurité et l'embarquement de l'aéroport". Plus généralement, le process d'embarquement est à des années lumières de nos habitudes occidentales façonnées par des décennies de terrorisme. Tandis que nous nous entassons, telles des sardines, dans la salle d'attente, les yeux rivés aux vitres, nous attendons l'ordre du garde. "Tara airlines, Batch #3" ce sont les deux informations qui font bondir tout le monde tant la tension est palpable, chacun fait passer l'information à son voisin de salle. Puis miraculeusement la vague humaine se scinde pour laisser un minuscule couloir jusqu'à la porte d'entrée du tarmac. Les heureux élus se précipitent alors au pas de charge comme si leur vie en dépendait. Ajoutant à l'intensité dramatique quelques touristes n'ayant pas passé encore le security check sont rattrapés in extremis et mis manu militari dans le coucou. Incroyable comment on s'est tous monté le chichon à ce moment là ! Il est vrai que pour certains, bloqués depuis plusieurs jours, c'étaient leur billet retour vers l'occident qu'ils jouaient maintenant. Au fur et à mesure des rotations qui s'enchainent, la foule s'éclaircie et petit à petit la tension tombe. Nous avons une vue plus précise d'un embarquement "à la Lukla". Il faut 2 x 45 min pour faire l'aller retour Kathmandu Lukla, la météo favorable semble tenir, les bagages sont embarqués sur la Tara airlines indifféremment des occupants...le tri se fera à l'arrivée. Les batchs #3 et #4 ont décollé avec 100% de solukhumbers à bord, il y a environ une quinzaine de passagers dans ces petits avions (Twin Otter , Pilatus...). Chacun évidemment a en tête l'accident de 2008, avec des conditions météo un peu tangente comme maintenant. Toutefois le décollage semble moins critique, plus spectaculaire avec sa pente inclinée de 12 degrés et sa longueur de 490 mètres seulement. Dans l'attente, je feuillette un magazine de trail que m'a prêté Antoine, j'y reconnais en photo Christophe qui a fait bonne figure lors de la grande traversée des alpes 2010, de même que Sylvie qui a remporté le trail du Galibier. C'est cette même Sylvie, que je croyais simplement endormie tout à l'heure, qui va vivre un vol Lukla Kathmandu pour le moins mouvementé. En effet, elle a attrapé une grosse crève et tient à peine sur ses jambes. Heureusement Daniel G. pompier d'expérience est là pour allonger la malade semi-comateuse dans l'avion et apporter une présence rassurante dans ce gros moment de stress. Tout l'encadrement est déjà parti dans les précédentes rotations, et il a fallu rappeler à l'hôtel Shanker les docs à l'aéroport Tribhuvan kathmandu pour accueillir une Sylvie RE-TA-MEE (si vous voyez ce que je veux dire ;-)). D'ailleurs Sylvie va enchainer en avant première le tarif 2 jours 2 nuits couette miam miam couette façon" Namche MAMers", super pour maigrir et tout connaitre des toilettes népalaises, pas génial pour le tourisme.  A propos des toilettes au Népal, j'avais promis de revenir sur ce point simple mais ô combien stratégique. Il ne faut pas jeter de papier toilette dans les toilettes, dit comme cela c'est étrange, mais il faut savoir que le réseau d'eau usée n'est pas aussi sophistiqué qu'en occident. Dans les lodges (et même à Katnmandhu) j'ai trop souvent vu les toilettes bouchées avec du papier par mes compatriotes (encore un avantage pour ceux qui courent vite et arrivent en premier au lodge, la vie est injuste) ...un vrai massacre... à vous couper la chique pour le reste de la soirée. Il y a une petite poubelle qui sert de réceptacle au papier usagé. Pour les puristes de l'acclimatation cul--turelle, il faut utiliser la main gauche (supposée impure) pour se ... enfin, mmmrfffgh vous imaginez. Je m'étais promis de le dire au groupe, mais ce n'était jamais le bon moment... Vous voyez le topo: le gars qui au moment des occasions de regroupements (repas, fêtes, cérémonie...), "alors quand vous faites un gros popo...." (oui, le fouteur de me..e).
 on se presse inutilement pour sortir sur la piste d'atterrissage  Notre avion de la Tara Airlines  On distingue au loin le gigantesque hélicoptère russe affrété par les touristes coincés depuis plusieurs jours ici (300 $ par personne), celui ci aurait pu se poser aujourd'hui par presque tous temps au contraire des avions.
A mon tour de grimper dans le petit DHC-6 Twin Otter, ce n'est pas une première expérience pour moi vu que j'ai un peu pratiqué la chute libre sur Tallard avec un Pilatus. Autour de moi c'est un peu diffèrent, mais l'ambiance est bonne, Thierry filme le cockpit pendant le décollage, Pasang à mes cotés doit se dire: ca y est 3eme édition de bouclée ! Passée l'excitation de l'exfiltration Lukla, une pointe de nostalgie m'envahit en découvrant la région du Terai verdoyant à ma gauche et surtout les sommets enneigés du Khumbu sur ma droite. Fukamachi, le héros de l'excellentissime manga sommets des dieux, subit le spleen de tout alpiniste ou randonneur quittant Lukla par la voie des airs. C'est vraiment ici, la fin brutale d'une aventure, d'un rêve.
Hôtel Shanker, vendredi 26 novembre, 10h30, en pantalon mi-long et baskets, j'attends mon sac qui devrait arriver avec la dernière rotation de la Tara. C'est génial de plus avoir froid et d'avoir à s'entasser autour du poêle central d'un lodge. Je rattrape mes journées non encore posées sur papier. J'ai toujours la crève, mais celle ci n'est plus un facteur pesant sur l'essentiel de ma venue au Népal. Il y a un peu de nostalgie qui s'installe au fur et à mesure que la modernité nous absorbe. Chacun est sérieusement excité à l'idée d'une douche bienfaitrice, hélas ce n'est plus vraiment la même personne qui en ressortira. Ce sont bien le froid, les lingettes, la promiscuité qui ont défini notre complicité durant ces deux semaines. En revêtant nos oripeaux d'homme moderne, en projetant les choix de notre appartenance CSP, nous avons laissé à la porte les solukhumbers... Le programme à présent est simple: samedi 17h, cérémonie de remise des prix, samedi soir invitation au restaurant utsav authentic nepali tous ensemble une dernière fois. Ensuite les départs pour Paris, Lausanne, Thaïlande...vont s'échelonner du dimanche 28 au mardi 30 novembre. Quelques uns vont rester un peu plus longtemps sur Kathmandu tel Éric, d'autres anciens coureurs du solukhumbu trail arrivent de Paris et viennent faire une tournée trek des Annapurnas avec nos guides (Pemba dai). J'avais une velléité de faire un saut au Chitwan National Park durant les trois jours de libre, mais avec le samedi de booké par le protocole cela fut trop juste. Je vaque avec mes comparses habituels ou bien seul dans un Kathmandu qui me semble bien pale désormais comparé aux journées vécues au Khumbu. Je n'arrête pas de voir en filigrane le Kalapathar, le Renjo Pass lors de mes sorties solitaires dans Kathmandu. Je désire ardemment me souvenir de tout ce vécu bon comme mauvais. Le spleen est moins fort quand je suis avec les amis (Raspa, Alex, Christian, Émile, Maurice..) , nous visitons Durbar Square, fabuleuse place impériale aux architectures si caractéristiques. Aujourd'hui est un jour un peu spécial, il y a énormément de policiers car non loin d'ici se déroule un meeting du parti au pouvoir, un étrange attelage entre maoïstes et libéraux. Le Népal est dans une passe politique très tendue (élaboration d'une constitution, vacance du pouvoir...). J'ai depuis mon retour de Lukla un masque sur le visage afin d'éviter de propager toute contamination (ca ne marche pas toujours vu que Jean-Mi mon co turn a été touché), c'est mieux que rien. Or dans ce contexte, j'ai droit à des regards de travers des policiers chargé de la sécurité du meeting.
 Ça négocie fort longtemps sur la place, la vendeuse est aux anges, mais les solukhumbers ont vendu chèrement leur peau, tout le monde est parti content c'est l'essentiel. Il ne faut pas hésiter à faire baisser les prix de façon éhonté, (diviser par 5 minimum).  Au festive fare restaurant, surplombant le meeting politique, je joue à l'activiste pro-everest beer ;-)  Le meeting est en contrebas, les services secrets et militaires sont non loin sur les toits des immeubles voisins. Tandis que les tribuns haranguent la foule dans un style très nord coréen, nous partons dans un doublage simultanée népali-français mémorable. C'est Raspa et son chapeau qui font les frais de notre délire, on se pisse dessus tellement nous rions. Enfin c'est quand même loin d'être une partie de rigolade pour les népalais qui quand on aborde le sujet de la politique changent brusquement de sujet comme si une main invisible s'apprêtait à les emprisonner. Pas de pancarte "casse toi pov' con" en bas sous peine de rétorsion, c'est pas comme en France le pays de la liberté....ehum..
La cérémonie au Shanker se fait dans la plus belle des salles, le ministre des sports est présent ainsi que tous les cadres et anciens vainqueurs du solukhumbu trail. Nous commençons à être habitué au protocole très formel, chacun y va de son discours, quand on a de la chance c'est en anglais sinon c'est en népalais. Chaque participants a droit à sa montée sur l'estrade, tout cela est bien orchestré, à noter quelques beaux passages comme le témoignage de Pasang le vainqueur 2009, le succès fou de Christian Chiurlea notre vétéran roumain de 71 ans (standing ovation durant plusieurs minutes), la coupure de courant plongeant dans le noir la salle et l'immédiat chant de bon anniversaire improvisé des solukhumbers déride même le ministre.
 Le podium 2010: Dolma Sherpa 3eme,Yangdee Lama Sherpa 1ere,Ngima Yangjee Sherpa 2nde, KALOFYRIS Nikos 3eme, Rai Uttar Kumar 1er, Dawa Sherpa 2nd
 Dawa Dachhiri Sherpa (photo Julien Rocher)  Annie et Dawa (photo Julien Rocher)
C'est donc l'épilogue d'une aventure collective allant bien au delà d'une compétition et où chacun a pu bâtir des liens forts dans l'adversité. Certains ont pu construire dans leur mémoire des palais pour y accueillir leur souvenirs, d'autres des simples maisons mais aux solides fondations. A l'Utsav restaurant, je reste un moment penché sur la rembarde en regardant en dessous mes camarades. A chacun d'entre eux, j'associe des souvenirs marquants du solukhumbu, le ciment qui nous liait va t il s'effriter, s'écouler entre mes doigts tel du sable, nos souvenirs sont ils voués aux limbes ? Je ne pourrai plus ajouter de chambres supplémentaires à ce palais mémoriel mais je pourrais en reconstruire un autre plus solide, plus durable ailleurs...ici ?
 les solukhumbers une dernière fois réunis  L'anniversaire de Julien, notre photographe, est fêté dignement (photo Vincent Sauzon)  Aéroport Charles de Gaulle, nos routes se séparent, laissant Insolukhumbion derrière nous, en nous.
Je suis devant mon ordinateur, scrutant minutieusement mon teddy bear, et je sais qu'il m'indique la réalité. Nous sommes de l'étoffe dont sont fait nos rêves (W. Shakespeare). Suis je seulement vraiment réveillé ou éveillé, là bas dans l'étoffe de Dawa au Solukhumbu ?
Jean-Marie: I've been waiting for someone to come for me... Akuna: Someone from a half remembered dream... Jean-Marie: Akunamatata? Impossible - He and I were young men together, now I'm an old man. Akuna: Filled with regret... Jean-Marie: Waiting to die alone... Akuna: I've come back to remind you of something... something you once knew... [Sees the teddy bear hanging back from the rucksack] Akuna: that this world isn't real... Jean-Marie: To convince me to honor the arrangement. Akuna: To take a leap of faith yes. Come back, and we'll be young men together again. Come back to me... [Jean-Marie reaches for the teddy bear] Akuna: Come back to dokhunda lake...
Akuna les photos de Lukla sont ici, celles de Kathmandu sont là |